Publié le 15 mars 2024

La véritable performance patrimoniale ne réside pas dans l’opposition entre pierre et bourse, mais dans leur synergie stratégique : vos actifs financiers sont l’outil qui protège et démultiplie votre patrimoine immobilier.

  • Une poche d’actifs liquides (actions, obligations) sert de « trésorerie de guerre » pour faire face aux imprévus de l’immobilier et saisir des opportunités.
  • Le nantissement d’une assurance-vie permet d’obtenir un crédit immobilier sans apport, conservant ainsi votre capacité d’investissement.

Recommandation : Analysez votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI). Au-delà de 41%, la fiscalité des revenus locatifs peut rendre les enveloppes financières comme le PEA ou l’assurance-vie plus rentables en net.

Pour de nombreux investisseurs, le patrimoine se résume à une accumulation de biens immobiliers. La pierre est tangible, rassurante, et son histoire est jalonnée de succès. Pourtant, cette concentration sur un seul type d’actif, aussi solide soit-il, engendre une angoisse latente : celle de l’illiquidité. La crainte d’être « trop lourd » en immobilier, incapable de mobiliser rapidement des fonds en cas de coup dur ou d’opportunité inattendue, est une préoccupation légitime. Face à cela, les conseils habituels se limitent souvent à une diversification de principe, opposant la « sécurité » de l’immobilier au « risque » des marchés financiers.

Mais si la véritable clé n’était pas dans l’arbitrage constant entre ces deux mondes, mais dans leur complémentarité active ? Et si vos actifs financiers n’étaient pas des concurrents de votre patrimoine immobilier, mais son plus fidèle allié ? C’est le postulat de cet article. Nous allons dépasser la vision binaire pour explorer une approche de synergie patrimoniale. L’objectif n’est pas de choisir entre la pierre et la bourse, mais de comprendre comment orchestrer les deux pour construire un patrimoine à la fois robuste, performant et, surtout, liquide.

Cet article vous guidera à travers les mécanismes stratégiques qui permettent de faire dialoguer ces deux piliers de votre patrimoine. Nous verrons comment une poche financière bien gérée peut protéger vos biens, comment elle peut servir de levier pour de nouveaux projets immobiliers, et comment l’analyse des cycles et de la fiscalité permet d’optimiser les décisions d’investissement à long terme.

Pourquoi garder une poche d’actifs financiers est vital pour protéger vos biens immobiliers ?

L’un des plus grands risques pour un investisseur immobilier n’est pas la baisse des prix, mais l’imprévu qui exige des liquidités immédiates : travaux urgents, vacance locative prolongée, accident de la vie. Vendre un bien en urgence est souvent synonyme de décote importante. C’est ici que la poche d’actifs financiers prend tout son sens. Loin d’être un capital dormant, elle constitue une véritable « trésorerie de guerre ». Cette réserve de valeur, facilement mobilisable, agit comme un rempart protégeant vos actifs illiquides d’une vente forcée. Elle permet de faire face aux dépenses sans toucher au capital immobilier, préservant ainsi sa valeur et son potentiel de plus-value à long terme.

Cette approche stratégique contraste avec la tendance de nombreux épargnants à laisser leur capital sur des supports peu rémunérateurs. En France, selon les données de la Banque de France, ce sont près de 2000 milliards d’euros investis dans des placements au rendement inférieur à l’inflation. Allouer une partie de cette épargne à des actifs financiers plus dynamiques (actions, obligations) permet non seulement de générer un rendement supérieur, mais aussi et surtout de construire ce bouclier de liquidité essentiel. Cette poche n’est donc pas une alternative à l’immobilier, mais son assurance-vie opérationnelle.

Plan d’action : constituer votre trésorerie de guerre immobilière

  1. Épargne de précaution : Conservez 3 à 6 mois de charges (crédits, taxes, entretien) sur des supports immédiatement liquides comme le Livret A ou le LDDS.
  2. Combinaison stratégique : Structurez le reste de votre poche financière en mixant des placements liquides (actions cotées, fonds euros en assurance-vie) avec vos actifs illiquides (immobilier, SCPI).
  3. Anticipation des besoins : Listez vos projets et besoins de liquidités potentiels sur un horizon de 3 à 5 ans (études des enfants, gros travaux, nouvel achat) pour ajuster la taille de cette poche.
  4. Réajustement proactif : Surveillez la liquidité du marché immobilier. Si vous anticipez un ralentissement, renforcez votre poche financière pour ne pas être pris au dépourvu.

Comment nantir vos actifs financiers pour obtenir un crédit immobilier sans apport ?

L’un des dilemmes de l’investisseur est de devoir choisir entre liquider une partie de son portefeuille financier pour constituer un apport, ou renoncer à un projet immobilier. Le nantissement offre une troisième voie stratégique. Il s’agit de mettre en garantie un portefeuille d’actifs financiers (une assurance-vie, un compte-titres) pour obtenir un prêt, souvent sans avoir à fournir d’apport en cash. Vos actifs financiers continuent de générer des rendements, tout en servant de caution pour votre crédit. C’est l’exemple parfait de la synergie entre les deux mondes : le financier finance la pierre sans se cannibaliser.

Ce mécanisme illustre parfaitement comment des actifs liquides peuvent débloquer des investissements illiquides.

Mécanisme de nantissement d'actifs financiers pour obtenir un crédit immobilier

Toutes les enveloppes ne se valent pas aux yeux des banques. Le nantissement d’un contrat d’assurance-vie est souvent privilégié. Sa valeur est généralement plus stable (surtout s’il est majoritairement en fonds euros) et la clause bénéficiaire offre une sécurité supplémentaire au prêteur. La banque appliquera une quotité (le montant qu’elle est prête à prêter par rapport à la valeur du contrat) de l’ordre de 70 à 80 %. Pour un compte-titres ou un PEA, la volatilité des marchés actions incite les banques à plus de prudence. La décote sera plus importante, pouvant atteindre 50 %, ce qui rend l’opération moins attractive pour l’emprunteur, qui devra nantir un capital plus conséquent pour un même montant de prêt.

Actions vs Pierre : comment jouer sur les cycles pour acheter et vendre au bon moment ?

Les marchés financiers et immobiliers évoluent selon des cycles qui ne sont pas toujours synchronisés. Un investisseur avisé ne voit pas ces deux classes d’actifs comme des choix exclusifs, mais comme des vases communicants à arbitrer intelligemment. L’idée de cet arbitrage cyclique est simple : lorsque les valorisations d’une classe d’actifs semblent excessives, il peut être judicieux de prendre ses bénéfices pour les réinvestir dans l’autre classe, dont les perspectives semblent plus attractives. Sur le très long terme, les actions ont historiquement offert des rendements élevés, avec par exemple un rendement annuel moyen de 9-10% sur 30 ans entre 1985 et 2015, justifiant leur place dans une stratégie patrimoniale.

Pour passer de l’intuition à une décision éclairée, plusieurs indicateurs permettent d’objectiver la « cherté » d’un marché. Le tableau suivant présente quelques-uns des indicateurs les plus suivis pour évaluer les cycles d’investissement, comme le montre une analyse des indicateurs de marché.

Indicateurs clés pour évaluer les cycles d’investissement
Classe d’actifs Indicateur principal Signal d’achat Signal de vente
Immobilier Ratio prix/loyers Inférieur à 15 Supérieur à 25
Actions Ratio de Shiller (CAPE) Inférieur à 20 Supérieur à 30
Crédit Taux d’intérêt Taux bas (effet levier favorable) Taux élevés (placements obligataires attractifs)

Par exemple, un ratio prix/loyers élevé dans une grande ville peut signaler un marché immobilier surévalué, rendant un investissement locatif moins rentable. Simultanément, un ratio de Shiller (CAPE) faible sur les marchés actions pourrait indiquer un point d’entrée intéressant. L’arbitrage consiste alors à sécuriser des plus-values immobilières pour les redéployer vers la bourse, ou inversement. Cette gymnastique intellectuelle et patrimoniale est le cœur d’une gestion active et performante.

L’erreur de privilégier l’immobilier quand votre tranche marginale dépasse 41%

L’investissement locatif séduit par son rendement brut affiché. Cependant, pour un investisseur fortement fiscalisé, le rendement net peut être une douche froide. Les revenus fonciers sont soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux (17,2 %). Pour un contribuable dans la Tranche Marginale d’Imposition (TMI) de 41 % ou 45 %, plus de la moitié des loyers perçus peut ainsi partir en impôts. Dans ce contexte, un investissement locatif qui semblait rentable sur le papier peut s’avérer décevant une fois la fiscalité passée.

L’impact de la fiscalité sur le rendement net est un facteur déterminant dans la construction d’une stratégie patrimoniale, comme le symbolise le schéma ci-dessous.

Impact de la fiscalité selon la tranche marginale d'imposition sur le rendement

Face à cette pression fiscale, les enveloppes d’investissement financier offrent des alternatives beaucoup plus douces. Le Plan d’Épargne en Actions (PEA), après 5 ans, permet une exonération d’impôt sur les plus-values (seuls les prélèvements sociaux restent dus). L’assurance-vie, après 8 ans, bénéficie d’abattements annuels et d’une fiscalité réduite. Pour un investisseur avec une TMI à 30% ou plus, la stratégie devrait être claire : saturer en priorité ces enveloppes fiscales avantageuses avant d’envisager un nouvel investissement locatif en direct. Par exemple, il est souvent plus judicieux de remplir son PEA jusqu’au plafond de 150 000 € avant de contracter un nouveau crédit pour un bien dont les revenus seront lourdement taxés. Pour les TMI les plus élevées, les SCPI logées dans un contrat d’assurance-vie peuvent aussi représenter une solution pour percevoir des revenus immobiliers avec une fiscalité optimisée.

Immobilier ou Bourse : quel placement rémunère le mieux votre prise de risque sur 15 ans ?

La comparaison entre immobilier et bourse se résume souvent à une opposition entre sécurité et rendement. En réalité, la question est plus subtile : chaque investissement doit rémunérer le risque que l’on prend. L’un des risques majeurs de l’immobilier est son illiquidité. Ce concept est fondamental, comme le rappelle une analyse de la liquidité des actifs. Un actif illiquide doit, en théorie, proposer une prime de rendement pour compenser le fait que le capital est « bloqué » et difficilement mobilisable rapidement sans perte de valeur.

La liquidité des actifs est un concept crucial pour quiconque possède ou gère des actifs. Elle fait référence à la facilité et à la rapidité avec lesquelles un actif peut être converti en espèces sans affecter sa valeur marchande. Plus un actif est liquide, plus il peut être vendu ou échangé facilement.

– FasterCapital, Analyse de la liquidité des actifs

Sur un horizon de 15 ans, l’immobilier avec effet de levier peut offrir d’excellentes performances. Cependant, une fois le crédit remboursé, le rendement locatif net de fiscalité et de charges est souvent modeste. Le capital, lui, reste immobilisé. En parallèle, un portefeuille d’actions diversifié, malgré sa volatilité à court terme, bénéficie de la puissance des intérêts composés et d’une liquidité quasi immédiate. Le coût d’opportunité du capital dormant dans un bien immobilier entièrement payé peut être énorme. Cet argent, s’il était investi sur les marchés financiers, pourrait générer un rendement potentiellement supérieur tout en restant disponible. La question n’est donc pas tant « lequel rapporte le plus ? » mais « le rendement de mon bien immobilier justifie-t-il son illiquidité par rapport aux alternatives financières disponibles ? »

Comment la poche actions/obligations des OPCI booste ou freine la performance globale ?

Pour les investisseurs qui cherchent un compromis entre la pierre et la bourse, les Organismes de Placement Collectif en Immobilier (OPCI) apparaissent comme une solution hybride intéressante. Contrairement aux SCPI qui sont investies à quasi 100% en immobilier, les OPCI intègrent une part significative d’actifs financiers. La structure classique d’un OPCI grand public est d’environ 60-65% d’immobilier, 30% d’actifs financiers (actions, obligations) et 5-10% de liquidités pures. Cette composition unique a un double effet sur la performance et le profil de risque du placement.

D’un côté, cette poche financière est un formidable atout pour la liquidité. Elle permet aux OPCI d’assurer les demandes de rachat des investisseurs beaucoup plus facilement que les SCPI, sans avoir à vendre des biens immobiliers. Elle apporte également une source de diversification et de performance supplémentaire lorsque les marchés actions sont haussiers. De l’autre côté, cette même poche expose l’OPCI à la volatilité des marchés financiers. En période de baisse boursière, la valeur liquidative de l’OPCI peut chuter, même si son patrimoine immobilier sous-jacent reste stable. L’investisseur doit donc comprendre qu’il n’achète pas un produit immobilier pur, mais un fonds diversifié dont la performance est une moyenne pondérée entre la stabilité de la pierre et les fluctuations de la finance.

Quand hypothéquer un bien libre de crédit pour dégager du cash pour un nouveau projet ?

Un bien immobilier entièrement remboursé est une source de fierté, mais aussi un gisement de « liquidité dormante ». Ce capital, bien que conséquent, ne « travaille » plus et ne génère qu’un rendement locatif, souvent faible après impôts et charges. Face à un nouveau projet (un autre investissement, le financement des études des enfants, la création d’une entreprise), l’investisseur dispose de plusieurs options pour mobiliser des fonds. La vente est radicale, l’épargne est lente. L’hypothèque, ou plus précisément le prêt de trésorerie hypothécaire, est une solution stratégique souvent sous-estimée.

Cette opération consiste à utiliser votre bien comme garantie auprès d’une banque pour obtenir une somme d’argent, sans pour autant vendre l’actif. Vous conservez votre bien, qui continue de s’apprécier et/ou de générer des loyers, tout en disposant d’un capital frais pour votre nouveau projet. Le tableau suivant compare les différentes stratégies.

3 stratégies pour financer un nouveau projet immobilier
Stratégie Avantages Inconvénients Profil adapté
Vendre le bien Liquidité immédiate Perte de l’actif et plus-value future Besoin urgent de liquidités
Épargner Pas de dette supplémentaire Coût d’opportunité élevé Averses au risque
Hypothéquer Conservation de l’actif + liquidité rapide Risque si échec du nouveau projet Investisseurs expérimentés

L’hypothèque est particulièrement pertinente pour les investisseurs expérimentés qui ont un projet solide avec un rendement attendu supérieur au coût du crédit hypothécaire. C’est une façon sophistiquée de remettre en jeu un capital qui s’est endormi, en recréant un effet de levier sur un actif déjà possédé. Cela transforme un patrimoine statique en un outil dynamique de création de valeur, à condition de bien mesurer le risque : en cas de défaut de paiement, la banque peut saisir le bien mis en garantie.

À retenir

  • Synergie stratégique : Votre poche d’actifs financiers n’est pas l’ennemi de votre patrimoine immobilier, mais son assurance-vie, sa source de liquidité et son levier de développement via le nantissement.
  • La fiscalité comme arbitre : Votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI) est le critère décisif. Au-delà de 30-41%, la rentabilité nette de l’immobilier locatif est souvent inférieure à celle des enveloppes financières (PEA, assurance-vie).
  • L’endettement intelligent : En période d’inflation, l’emprunt maximal est une stratégie gagnante car la dette s’érode. Utiliser le crédit (immobilier ou hypothécaire) est un outil puissant pour maximiser l’effet de levier et optimiser son capital.

Faut-il utiliser tous vos capitaux propres ou emprunter au maximum en période d’inflation ?

La question de l’apport est un débat éternel pour l’investisseur immobilier. Faut-il mettre le maximum de capitaux propres pour réduire les mensualités, ou au contraire emprunter le plus possible pour maximiser l’effet de levier ? En période d’inflation, la réponse est claire : l’endettement est une stratégie gagnante. L’inflation agit comme une érosion silencieuse de la valeur réelle de votre dette. Vous remboursez avec une monnaie qui perd de sa valeur, tandis que votre actif immobilier, lui, a tendance à s’apprécier avec l’inflation. Des calculs montrent qu’une inflation de 3% sur 25 ans divise par deux la valeur réelle de la dernière mensualité de votre crédit.

Emprunter au maximum permet donc de profiter à plein de cet effet de levier et de l’érosion monétaire. Cela libère vos capitaux propres, qui peuvent alors être placés sur des actifs financiers. Cette poche financière, comme nous l’avons vu, joue un rôle crucial de sécurité et d’opportunité. Elle peut servir à couvrir les premières années de cash-flow négatif d’un investissement locatif, à financer des travaux, ou à être nantie pour un projet futur. L’équilibre optimal n’est donc pas de choisir entre apport et emprunt, mais de s’endetter intelligemment tout en conservant une poche financière robuste. C’est la quintessence de la synergie patrimoniale : la dette finance la pierre, l’inflation la ronge, et les actifs financiers sécurisent l’ensemble.

L’arbitrage entre actifs financiers et immobiliers n’est pas une fin en soi, mais un moyen de construire un patrimoine dynamique et résilient. Évaluer la répartition de votre propre patrimoine est donc l’étape fondamentale pour passer de la théorie à une stratégie active et performante.

Rédigé par Marc Vallat, Conseiller en Gestion de Patrimoine Indépendant (CGPI) certifié, expert en fiscalité immobilière et stratégies d'investissement (SCPI, LMNP, Malraux). Il optimise la fiscalité des portefeuilles immobiliers depuis 12 ans.